LA DANSE D’ÉROS ET DE THANATOS

IMG_4153Dès son premier cri, le petit humain, comme toute créature terrestre, obéit à deux pulsions qui rythment sa vie charnelle : vie et mort. Se maintenir en vie résulte d’un équilibre précaire entre les deux, qui consiste à nourrir l’une et à tenir l’autre éloignée. Tout ce qui est créé est voué à disparaître un jour, à plus ou moins long terme. Le germe de mort y est présent, indissociable, semble-t-il, de l’élan de vie. 

Que nourrissons-nous ? Que choisissons-nous ?

Nous sommes de puissants créateurs, car nous créons notre réalité instant après instant, avec le matériau des pensées auxquelles nous croyons. Nous avons donc, au moins en théorie, la capacité innée de nous libérer de l’emprise de la mort. Est-ce une utopie ?

Et d’abord, sommes-nous « nés » ? Le fait de prendre chair signifie-t-il que nous sortions du néant et nous condamne à y retourner ? Est-il possible de remettre en question ce postulat de base, cette croyance collective ? Est-ce vrai, pouvons-nous en être sûr de façon absolue ?

Comme beaucoup d’entre nous, j’ai depuis l’enfance la certitude intime que la vie est éternelle, non-née, non-mortelle et que je suis ce souffle de vie qui transcende toute forme créée. Je ne peux pas l’expliquer, c’est ainsi. Cela me porte et me donne la force de traverser toutes les difficultés. La vie plus forte que la mort apparente. Et cependant, comme chacun de nous, je constate que tout change, tout le temps. Comment réconcilier ces deux contradictions ?

Au moment où j’écris ces mots, la forme corporelle nommée « Christelle » se trouve immobilisée, éprouve des douleurs parfois intenses et revisite de lourdes mémoires ancestrales dont elle se libère au passage. Ça évoque la traversée d’un enfer. En fait, cela dépend d’où c’est regardé. J’apprends peu à peu à lâcher toute résistance et ainsi, à ne pas en faire une souffrance (quand le souffle est en errance). Même au cœur de la douleur, il y a de la vie. Quelque chose meurt et passe à un autre état. Sur quoi se porte mon attention ? Sur ce qui meurt ou sur ce qui demeure ? Seul existe l’instant présent – Pure joie –

Danser avec Éros, c’est fastoche !

Danser avec Thanatos, bof, une danse macabre, c’est moche…

Éros & Thanatos, deux faces d’une même pièce, recto-verso. Comment les voir en même temps ? Le secret est là. Tant qu’il y a une préférence, cela emprisonne. L’ombre ne peut détruire, elle sert la Lumière. Elle est une forme que prend la Lumière. Rien ne peut détruire la Vie. La clé est de l’ aimer dans toutes ses formes, aussi invraisemblables soient-elles. L’ombre, Thanatos, nous offre ce défi : affirmer la vie éternelle que nous sommes, au cœur même de nos cellules humaines, animales, végétales, minérales.

Dans le processus de retour à soi, nous traversons une forme de mort psychique. Contraint à ne rien faire, l’ego a très peur de ne plus exister, car son moteur, c’est l’action. Il craint de laisser libre cours à la pulsion de mort et que celle-ci l’emporte. Il se croit victime de tendances suicidaires. Ce que la psychologie classique lui confirme, d’ailleurs. Sans aucun signe de validation de la part de ses semblables, il a l’impression de disparaître, de mourir. Alors qu’en réalité, c’est la Vie qui reprend les rênes. Une fausse identité disparaît, la vraie s’installe. Elle n’a jamais été absente, parce qu’il est impossible de ne pas être, c’était juste une illusion, un oubli momentané. L’enfant est, naturellement, puis les aléas de la vie, l’éducation, la vie sociale lui font oublier sa vraie nature. Un jour, il se réveille et se souvient : Ah oui ! Je suis la conscience qui vit tout cela.  Retour à la maison. L’ancien personnage, les anciennes habitudes, les vieux habits, s’accrochent parfois et ne veulent pas s’en aller. Il y a résistance au changement et donc, souffrance. Quelque chose voudrait revenir en arrière, à ce qui est connu, même si c’est pénible. C’est comme un programme par défaut qui revient tout seul. Tout ce qui est créé tient à la vie. Mieux vaut douceur que violence. Constater cette tendance, la voir pour ce qu’elle est : une tentative de repli face au nouveau. C’est une ruse du personnage pour tenter d’échapper à ce qu’il perçoit comme une mort. Juste ne pas céder au chantage. Rassembler ses forces, et avec douceur et fermeté, aller de l’avant. Demander de l’aide intérieurement pour avoir la force de ne pas retomber dans ses vieilles habitudes, et celle d’accueillir le changement. 

En tant que puissants créateurs, nous avons aussi la capacité de décréer, d’anéantir notre réalité, avec les pensées que nous faisons nôtres. Il y a des pensées de fermeture, qui bouchent notre horizon mental et nous enferment :

– je n’ai pas envie de vivre

– je n’ai pas d’avenir

– j’ai foutu ma vie en l’air

– j’aurais pas dû…

– je n’ arriverai jamais à rien

– c’est impossible, je ne peux pas, je ne suis pas…

Et d’autres, d’ouverture : 

– j’ai foi en la vie, elle ne m’a jamais laissé tomber

– j’ai toutes les ressources nécessaires pour rebondir

– je suis capable de…

– quelles sont les autres possibilités ?

Comme nous pouvons le constater, l’énergie circule différemment, n’est-ce-pas ? La peur, la méfiance ferment.
L’amour, la confiance ouvrent. 

Le fait d’être réduit à l’immobilité peut être vu comme une opportunité précieuse que la vie nous offre, une invitation à faire une pause et à se retrouver au-delà des jeux, au-delà du je fictif et découvrir : « Je suis libre au sein même de cette condition humaine périssable ».

 

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