AU FOND DU TROU

IMG_3860Voici un exemple de séance de Rêve Éveillé Libre récente, publiée avec l’accord de son auteure. Depuis des années, cette femme portait en elle une profonde blessure invisible qui échappait à tous les traitements. Dépression latente, disaient les médecins, de cause inconnue. Après cette séance libératrice, elle est enfin sortie de son cocon et s’est mise à vivre vraiment. Ce témoignage me touche car il montre les ressources infinies dont nous disposons si nous voulons bien les laisser agir, au lieu de nous débattre et chercher des solutions mentales. L’ego ne peut soigner, et encore moins guérir, l’ego blessé. Seul, notre être profond en est capable. Quand la tête est en panne, le cœur prend le relais. S’asseoir et contempler le désastre. Salutaire dé-pression qui ouvre la porte de la lucidité. À condition de l’accueillir en amie, d’accepter de la suivre et de sombrer avec elle, d’aller dans le sombre, le noir, dépasser la crainte de s’y perdre. Y descendre de son plein gré, sans tenter de coller des panse-ments légaux ou illégaux. Juste sombrer dans la sainte dépression, sachant que c’est la porte d’accès à une dimension de Soi plus vaste. Au besoin, se faire accompagner facilite le processus et rassure. La séance a duré 59 minutes.

 « Je demande à voir ce qui se passe dans toute cette souffrance. J’aimerais retrouver le rire au lieu de souff-rir (soupir) Ah, mon dieu ! J’ai l’impression d’être au fond du trou. Oui, au fond du trou ! À quoi ça sert de vivre ? À quoi ça sert de donner naissance à des enfants pour qu’ils vivent ces horreurs ? À quoi ça sert, tout ça ? Le petit prince qui voulait se faire des amis trouve que des paumés et des toxicos. Mon dieu, c’est quoi ce monde ? Désespoir total. Absence de réalisation. Impression d’avoir échoué ici (comme un bateau échoué sur la grève), sans espoir d’en sortir. Un corps-mort. Un corps qui n’a plus de joie. Un corps à l’abandon. Y’a plus de raison d’être. Douleur aigue du côté droit de l’aine. Un train qui passe. Oui, il est sur des rails, le même trajet, encore et encore. Je suis fatiguée de tout ça, fatiguée de vivre. J’y crois plus. Fatigue. Profondément désespérée. Impression d’être au fond d’un trou et de ne pas pouvoir en sortir, jamais. Tout est au ralenti. Plus rien de vivant -23 mn-( silence) (soupir) (silence). 

Je suis toujours au fond du trou et je sais pas quoi faire pour en sortir. C’est trop haut, je peux pas grimper. Y’a pas de solution. Pourquoi je suis tombée au fond de ce trou ? Je me suis rendue compte un jour que j’étais au fond du trou. Y’a pas d’issue, pas d’aide possible. Y’aurait bien une solution magique : que je prenne une potion et devienne tellement grande que j’arrive à en sortir. Est-ce que je veux vraiment en sortir ? J’aime pas le monde, je préfère rester dans mon trou. J’ai pas d’ami-s. -30 mn-

Je revois des tableaux vus hier. Je suis juste dans une profonde dépression et je vois pas comment je peux en sortir (soupir) -36 mn- (silence)

En fait, je me mets debout et je me rends compte que ce que je suis est infiniment plus grand que ce petit être qui est au fond du trou. C’est un être immense. L’être immense que je suis, tout lumineux, et ce petit être tout noir terré au fond du trou. (respiration haletante) Je revois ce que m’a fait T. sa folie. C’est un malade, ce mec. J’ai été très profondément blessée. Il a jeté sur moi toute sa noirceur, sa haine des femmes, ce noir d’obsidienne -46 mn- Obsession-obsidienne. Matière noire compacte, dure, froide, coupante, comme du charbon. Un fou, un fou, complètement fou. 

-50 mn- Me faire arnaquer, oui, je me suis fait arnaquer, tout le temps, par des hommes. 

Je vois l’être lumineux que je suis, ce grand corps lumineux, immense, marcher, se pencher et attraper la petite forme au fond du trou, la prendre dans ses bras, la soulever. Au fur et à mesure, elle se fond, c’est moins compact, moins dense, elle se déplie, elle se dissout (détente, respiration profonde).

C’est ainsi que le grand être lumineux a digéré cette petite forme noire. Il l’a ramenée à la maison. »

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